“Je ne gère pas mon stress, et ça marche”.

Je ne suis pas une personne « stressée ».
Je ne l’ai jamais vraiment été. Pendant longtemps, je me suis demandé si c’était normal. Avec tout ce que j’ai traversé, une question revenait parfois, insistante : est-ce que cette absence de stress serait de l’engourdissement émotionnel ? Une réponse post-traumatique ? Ou est-ce que je ne ressens tout simplement pas ce que je devrais ressentir ?
Questions fréquentes chez celles et ceux qui ont vécu des expériences intenses, longues, ou répétées. On scrute ses réactions comme si elles devaient suivre un mode d’emploi. Le mode d’emploi de la normalité. On compare.
On s’inquiète de ne pas « réagir comme il faut ».
On finit par s’auto-évaluer en permanence : Est-ce que je suis trop sensible ? Pas assez ? Est-ce que je suis cassée ? Est-ce que je suis en train de fuir ?
Avec le temps, “en grandissant” comme disent les enfants, une autre compréhension s’est installée.
Je ne suis pas « peu stressée » parce que je suis plus forte, plus froide, ou plus détachée. Je le suis parce que j’ai appris, dans des circonstances extrêmes certes, à lire ce qui se passe réellement et non ce que je crains qu’il se passe.
Il faut dire que tout ce que je pouvais craindre qu’il se passe, c’était à peu près produit.
Je restais donc là sans autre arme que distinguer ce qui dépend de moi de ce qui n’en dépend pas de moi. Autrement dit : au lieu de paniquer devant ce que je ressentais, j’étais devenue attentive à ce que ces sensations tentaient de m’indiquer.
Et c’est là que j’ai changé de perspective sur ma compréhension du stress.
On parle souvent du stress comme d’une faiblesse individuelle : un manque de maîtrise, un problème de tempérament, un signe qu’on n’est « pas à la hauteur ». Comme si notre stress prouvait quelque chose sur notre valeur ou mieux pouvait changer quoi que ce soit à ce qui nous arrive.
Non, le stress ne raconte pas une fragilité. Il raconte un décalage.
Un décalage entre ce que j’attends… et ce qui est en train de se produire.
Un décalage entre la manière dont je crois que les choses devraient être… et la réalité du moment.
Un décalage entre le scénario que je tiens à maintenir… et les informations que je reçois.
Quand nos attentes ne sont plus alignées avec la réalité, le système interne se met en alerte. Et cette alerte, c’est le stress.
Alors, pendant longtemps, comme beaucoup de personnes, j’ai essayé de « guetter mon stress ». Pour le réduire. Le calmer. Ou le cas échéant le faire taire. Je me suis entraînée au cas où : à respirer, ralentir, dormir davantage, s’aérer, parler, bouger. Ce sont des appuis précieux.
Mais toujours, j’ai gardé ma boussole interne qui me dit que l’enjeu n’est pas de gérer le stress. L’enjeu est d’écouter ce vers quoi il pointe.
Parce que le stress est souvent une flèche. Un indicateur. Il dit :
- Quelque chose ne colle plus.
- Quelque chose mérite d’être clarifié.
- Quelque chose demande un ajustement.
- Quelque chose dépasse tes ressources actuelles, seul(e).
Le stress n’est pas un ennemi, c’est un ami qui se questionne :
« Qu’est-ce que j’ essaie d’apprendre sur la situation ? »
Un appel à sortir du combat contre soi-même. Quitter la honte. Quitte l’idée qu’il faudrait être « mieux organisé(e) », « plus solide », « plus zen », « plus performant(e) ».
Et concrètement, ça peut ressembler à ça :
- Clarifier ce qui est attendu (par soi, par les autres).
- Renégocier une charge.
- Dire non.
- Demander du soutien.
- Mettre des limites.
- Faire de la place à l’émotion au lieu de la soupçonner.
- Revenir à des priorités tenables.
Le stress n’est pas un verdict sur qui je suis. C’est une information sur ce que je vis.
D’ailleurs, c’est l’occasion pour moi de partager aujourd’hui le titre de ma dernière conférence pour les séminaires d’entreprises que j’anime :
“Je ne gère pas mon stress, et ça marche”.
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